Béatification du Père Jerzy Popieluzko

Le 6 juin 2010 a eu lieu, à Varsovie, la Béatification du Père Jerzy Popieluszko, en présence d'une foule immense, de nombreuses personnalités, dans une atmosphère de profond recueillement et de prière. C'est parce qu'il est mort en martyre que l'Eglise a proclamé saint le Père Jerzy Popieluszko. Son histoire poignante, son engagement sans faille, sa foi profonde ont marqué de manière ineffaçable notre époque et notre continent. Voici textes et photos recueillis au moment de la Béatification.
Biographie
Jerzy Popieluszko est né le 14 septembre 1947 à Okopy, un petit village du nord-est de la Pologne, dans une famille de paysans, modeste et profondément chrétienne.

Très pieux dès sa plus tendre enfance, il est enfant de chœur dans son village avant d’entrer au séminaire à Varsovie, à l’âge de 18 ans. 

Il est appelé un an plus tard sous les drapeaux  pour faire ses trois années de service militaire dans une unité spéciale, où les autorités militaires procédaient à un endoctrinement anti-ecclésial et antireligieux pour détourner les séminaristes de leur vocation. Il fait l’objet de vexations et de persécutions qui portent atteinte à sa santé.

Il est ordonné prêtre le 28 mai 1972 par le Cardinal Stefan Wyszynski, Primat de Pologne, et choisit pour devise les paroles du prophète Isaïe et de l’évangile de Luc : “Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, panser les plaies des cœurs brisés”.

Dévoué au mouvement anticommuniste Solidarnosc, le Père Popieluszko aide ses militants persécutés et réduits à la clandestinité après l’instauration de la loi martiale par le général  Wojciech Jaruzelski en Décembre 1981. Il célèbre ensuite dans son église des « Messes pour la patrie » qui attirent régulièrement des milliers de fidèles venus des quatre coins de la Pologne. Ses homélies traitent de thèmes religieux et spirituels mais aussi de questions d’actualité, à caractère social, politique et moral, illustrant les documents fondamentaux de la doctrine sociale de l’ Eglise et les enseignements du Pape Jean-Paul II et du Cardinal Stefan Wyszynski.

“La violence n’est pas une preuve de force mais de faiblesse. Celui qui n’a pas su s’imposer par le cœur ou par l’Esprit, cherche à gagner par la violence” disait-il en pleine loi martiale.
“En réclamant la vérité, nous devons la prêcher nous-mêmes. En réclamant la justice, nous devons être justes avec nos proches. En demandant le courage, nous devons nous-mêmes être courageux chaque jour” dira-t-il cinq mois avant sa mort.

Son mot d’ordre Chrétien “Vaincre le mal par le bien”, qu’il répète souvent lors de ses offices religieux, se répand dans toute le Pologne.

Las des avertissements lancés à l’Eglise, le pouvoir communiste décide de réduire lui-même le Père Popieluszko au silence.

Le 19 octobre 1984, au retour d’une visite pastorale à Bydgoszcz au nord-ouest de la Pologne, la voiture du prêtre est arrêtée par un véhicule banalisé de la police. Le Père Popieluszko est battu, ligoté et jeté dans le coffre de la voiture de police, puis précipité dans les eaux de la Vistule.

Il meurt à l’âge de 37 ans. 

Le chauffeur du prêtre, Waldemar Chrostowski, un ancien parachutiste, parvient à s’enfuir et à donner l’alerte.

Plus de 1.000 prêtres et des centaines de milliers de fidèles participent à ses funérailles. 

Comme il n’est plus possible de taire la vérité, le régime sacrifie les auteurs directs de l’assassinat : le capitaine Piotrowski, chef du commando, est condamné à 25 ans de prison et ses deux lieutenants écopent de 15 ans au terme d’un procès retentissant.

Ils sont aujourd’hui en liberté tous les trois, alors que les commanditaires du crime n’ont jamais été formellement identifiés.

La tombe du prêtre, aménagée dans l’enceinte de son église Saint-Stanislas, est devenue lieu de pèlerinages. Parmi les personnalités à avoir prié sur la tombe du prêtre martyr, on compte : le Pape Jean-Paul II (14 Juin 1987), le Cardinal Joseph Ratzinger (aujourd’hui Benoit XVI), le Cardinal Jean-Marie Lustiger, alors archevêque de Paris, George Bush, ancien Président des Etats-Unis, Margaret Thatcher, ancien Premier ministre britannique, Vaclav Havel, ancien Président de la République Tchèque, Giulio Andreotti, ancien Président du Conseil italien.

Depuis 1984, 18 millions de pèlerins s’y sont rendus, en groupes organisés.

Le procès de béatification du père Jerzy Popieluszko a été ouvert en 1997 par le Pape Jean Paul II  et son successeur Benoit XVI a approuvé le 19 décembre 2009 la béatification du prêtre Polonais.
Selon la volonté du pape Benoit XVI, la commémoration liturgique du bienheureux père Jerzy Popieluszko, sera célébrée le 19 octobre.

Cérémonie du 6 Juin 2010

UN MARTYR QUI A VAINCU LA DICTATURE COMMUNISTE
   
“Le Père Jerzy était tout simplement un prêtre catholique loyal, qui défendait sa dignité de ministre du Christ et de l’Eglise et la liberté de tous ceux qui, comme lui, étaient opprimés ou humiliés” a déclaré Mgr Angelo Amato, S.D.B préfet de la Congrégation pour la cause des saints, dans son homélie durant la messe de béatification du prêtre et martyr.

La célébration, qui a eu lieu en Pologne, à Varsovie, le 6 juin sur la place du Maréchal Jozef Pilsudski, réunissait des fidèles venus de tout le pays, les membres du syndicat  “Solidarnosc”, les autorités civiles et militaires, les prêtres, les personnes consacrées, la mère  du bienheureux, Marianna Popieluszko et la famille du prêtre martyr.

“La religion, l’Evangile, la dignité de la personne humaine, la liberté, a poursuivi Mgr Amato, ne collaient pas avec l’idéologie marxiste. Si bien que la folie meurtrière du grand menteur, ennemi de Dieu et oppresseur de l’humanité, de celui qui hait la vérité et répand le mensonge, s’est déchainée contre lui.”

Le Père  Popieluszko  rappelle en particulier à tous les Polonais, les trois dimensions qui ont donné naissance à “Solidarnosc” : la défense et la revendication de la présence de la Croix du Christ dans la vie publique, la solidarité sociale et la liberté.

Le Père Jerzy Popieluszko a enseigné qu’il faut être fidèle chaque jour à l’esprit de solidarité et au vrai patriotisme d’une nation, dont l’identité a été et demeure encore profondément catholique.

Un ouvrier du chantier naval de Gdynia déclare : “La béatification du Père Popieluszko est pour moi une vraie joie. Comme prêtre il était une personne ouverte à tous, spécialement envers les pauvres et les ouvriers persécutés”.

La messe de béatification a été concélébrée par plus de 100 archevêques, évêques et cardinaux.

De nombreux archevêques et évêques avaient fait le déplacement de la république Tchèque, de Lituanie, de Biélorussie, d’Ukraine.
Avant la messe la mère du bienheureux, Marianna Popieluszko, a guidé la récitation du chapelet.

Dans son homélie Mgr Angelo Amato, a souligné que le Père Popieluszko “avec les seules armes spirituelles de la vérité, de la justice et de la charité, essaya de maintenir sa liberté de conscience de citoyen , de prêtre et d’en témoigner”.

“Mais l’idéologie maléfique ne supportait pas l’éclat de la vérité et de la justice, a déclaré le Préfet de la Congrégation pour la cause des saints. Si bien que le prêtre, sans défense, fut épié, persécuté, capturé, torturé, étranglé puis jeté à l’eau encore agonisant. Ils l’abandonnèrent, comme on abandonne la carcasse d’un animal. Il ne fut retrouvé que dix jours plus tard”.

“Le sacrifice du jeune prêtre ne fut pas une défaite. Ses bourreaux ne pouvaient pas tuer la Vérité. La mort tragique du martyr fut en effet le début d’une conversion générale des cœurs à l’Evangile. Car  la mort des martyrs est semence pour les Chrétiens”.

Après la messe de béatification, les reliques du Père Jerzy Popieluszko ont été portées en procession, accompagnées d’un foule immense, pendant 14 kilomètres, jusqu’à la Basilique de la Divine Providence, dans la zone de Wilanow.