Calvaire dans le jardin

d’une maison (Maramures)

  1. Oeuvre du Père Magnan (Satu Mare en Roumanie)

Ayant obtenu de mes supérieurs jésuites une année sabbatique, je demandai de la faire en Roumanie où j’organisais depuis la révolution roumaine de 1989 des convois humanitaires avec les élèves de l’Ecole de Provence de Marseille. J’avais la ferme intention, à la fin de cette année sabbatique de revenir en France… Mais l’Eglise gréco-catholique, voyant que je savais m’occuper des jeunes, demanda au Père provincial de France de me laisser en Roumanie. La permission fut accordée. Je retournai en Roumanie et m’installai à Satu Mare en octobre 1994. Très vite le besoin se fit sentir de fonder avec mes amis roumains une association à but non lucratif. Ce fut Frères Romania qui vit le jour au mois de mars 1995. 

A mon arrivée, n’ayant ni logement, ni salaire, ni travail, je dus me débrouiller et inventer ma route. Je trouvai à me loger chez un prêtre romano-catholique qui, au bout de deux mois, m’avoua son désir de vendre la belle maison où il m’hébergeait. La proposition était folle. Mais la folie m’a toujours un peu attiré. Je me décidai à relever le défi, persuadé que sans un  lieu de travail et de rencontre, je ne ferais jamais rien pour et avec les jeunes roumains. Un ami très cher m’avança 100.000 francs, d’autres amis y allèrent de leur poche, ma mère compléta. En avril 1995 la maison était achetée. Elle devint la maison Sainte-Anne. En l’honneur de ma mère précisément...

Les objectifs de l’ association Frères Romania étaient :


- aide aux enfants des orphelinats et de la rue.

- aide aux familles démunies.

- actions culturelles.

- formation humaine et spirituelle.

- création d’ateliers de production.


Les années ont passé. L’hiver 2001-2002 sera particulièrement dur :

Dureté de la vie ici. Il fait froid et j’ai horreur de la neige. Et puis le froid vous donne mauvaise conscience. On ne peut pas ne pas penser, quand on s’installe le soir bien au chaud dans son lit, à tous ceux-là qui n’auront pas un poil de chauffage cette nuit, qui vont dormir ou faire semblant de dormir à la gare. Ce matin on a sonné à la porte. Je suis allé ouvrir. Et j’ai entendu un cri, un cri terrible d’homme. Il était entouré de ses deux enfants. «  A manger…donnez-nous à manger. » J’ai donné du pain et du fromage… Et puis je suis allé cacher ma honte derrière mon ordinateur…Quand sortira-t-on enfin du cercle infernal de la misère… et du mépris des sans-voix...

Chaque été, mais aussi l’hiver, le Père Magnan accueille à Satu Mare des convois apportant vivres, vêtements et matériel divers mais également des groupes de jeunes français qui viennent l’aider dans son apostolat, s’occuper des enfants dans les orphelinats où il a accès. Ainsi à Noël 2000, Denis, 20 ans raconte :

57 gamins super attachants. Mais qui vivent dans des conditions inhumaines. Ceaucescu n’a pas fait des orphelinats mais des camps de concentration pour mômes. L’horreur sort une bonne partie de ses tentacules dans cet univers impitoyable. Je pense que même en y ayant passé cinq jours on ne peut pas vraiment se rendre compte de ce qu’a vécu, de ce que vit un gamin qui n’a et ne connaîtra que cette misère, parce que nous, on sait qu’au bout de cinq jours on rentrera dans notre confort et que rien ne nous obligera à y penser après.(…)

   

Arrivés à l’orphelinat, « cas de copii » en roumain, n° 13 de Petresti, des dizaines de gamins nous sautent au cou, nous embrassent comme si nous étions des sauveurs (…) Ils dorment à six par chambre dans des chambres de 10 m2. Les toilettes et lavabos sont dans un état peu ragoûtant (pas lavés, portes qui ne ferment pas etc …) Il y a tout de même 6 douches, 6 pissotières et 4 toilettes pour 80 enfants qui sont là en temps normal -certains ont la possibilité de partir dans leurs familles pour les fêtes de fin d’année- et une seule après-midi d’eau chaude par semaine. Ce qui laisse peu de place à la pudeur et à l’intimité, puisqu’ils se jettent tous à dix par douche et se lavent sans savon et sans dentifrice et remettent leurs vêtements qu’ils n’ont pas quittés depuis Mathusalem, qui sont troués, trop courts et noirs de crasse.


Ça, c’est pour l’hygiène. Pour la santé, ce n’est pas bien plus glorieux. Pas une infirmerie, pas une infirmière ou un médecin, même dans le village, impossible de mettre la main sur une aspirine en temps normal (nous en avons apporté), pas même une salle pour se reposer. Si un môme est malade, tant pis. Il faut qu’il le dise à une éducatrice (il y en a deux), laquelle éducatrice doit prévenir la directrice, laquelle directrice pourrait prévenir le médecin, lequel médecin n’a pas les médicaments qu’il faut. Il faut vraiment qu’ils agonisent pour qu’on se bouge le derrière. Et si en plus il est malade la nuit… (…).

Nous faisons diverses activités avec les enfants, style peinture, colliers et bracelets de laine, décorations pour le Nouvel An, et des jeux. Mais surtout nous essayons d’être avec eux et de leur donner ne serait-ce qu’un semblant d’affection. Il y a parmi eux des enfants qui n’ont jamais eu un bisou, qui n’ont jamais été pris dans les bras, qui n’ont jamais été écoutés. Alors, si nous ne sommes là que pour cinq jours –et les enfants savent que nous ne resterons pas là plus longtemps- nous nous devons se leur témoigner un semblant de tendresse. Car au moins ils auront le souvenir d’avoir eu un jour une main sur leur épaule. (…)


Sur le chemin je croise un gamin de l’orphelinat. Benoît, un des français, l’avait vu la veille. Depuis plusieurs jours il s’était fait virer de l’orphelinat puisqu’il faisait trop de bêtises. Il était retourné chez lui et s’était fait virer de chez lui aussi. Benoît avait demandé à la directrice de l’orphelinat s’il pouvait y dormir au moins pour une nuit, laquelle a refusé prétextant que c’était interdit. Il a donc passé la nuit dehors. Le jour de notre retour, nous l’avons donc amené chez le Père Jean, à Satu Mare, qui l’héberge actuellement.


La séparation d’avec les enfants fut très douloureuse (…)


Le lendemain matin, une journée plus une nuit de bus, de nouveau une journée et une bonne partie de la nuit et enfin nous arrivons à Marseille vers 4h30 du matin. De là je prends le train pour Paris… et rentre chez moi le soir, plein de souvenirs, d’émotions, de force pour me battre (même si j’ai 38 de fièvre) et une seule envie : repartir cet été voir mes p’tits frères de Roumanie.»


Ainsi l’été 2003, 41 groupes se succèdent à la Maison Sainte-Anne, rivalisant de nouveautés et d’initiatives dynamiques. Un succès qui demande de très gros efforts d’organisation : « Au cœur de toutes les activités de l’été, écrit le Père Magnan, une joie très grande, très pure, irracontable. Les messes célébrées à Sainte-Anne, les chants, la prière, la communion donnèrent à tous le goût d’une Autre dimension de la vie. J’ai été le témoin émerveillé de l’impact de ces eucharisties sur quelques jeunes…Il ne fut pas bien difficile de semer l’Evangile…Ce qui ne fut pas une nouveauté, ce furent les pleurs de beaucoup au moment de quitter les enfants…J’en ai été le témoin bouleversé. Les jeunes roumains sont bien ces « ouvre-cœurs » qui sans le savoir changent le regard de leurs visiteurs et se les attachent. Beaucoup ont déjà pris rendez-vous pour la Noël .Bonheur de les recevoir même si ce prochain rendez-vous ne s’annonce pas de tout repos!

Fin 2006, le Père Magnan doit rentrer en France. De graves problèmes de santé l’y obligent. Son œuvre continue sous le nom de “Association Frères”.


L’œuvre du Père Jean Magnan a porté beaucoup de fruits auprès des enfants abandonnés et des jeunes en difficultés plus particulièrement. C’est dans ce domaine que l’association Europe Chrétienne, depuis avril 2000, s’est investie en participant à de nombreux parrainages.

Enfants et jeunes soutenus par des parrainages

Père Jean Magnan et des enfants recueillis

Père Jean Magnan célébrant

le baptême d’un jeune